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Platon : les mythes platoniciens

Le mythe est un récit fictif mettant en scène des personnages légendaires. Souvent fallacieux, le mythe est aussi symbolique; c’est le seul moyen d’exprimer la vérité lorsque le discours rationnel échoue. Sous une forme déficiente, due à la faiblesse de l’esprit humain, il déploie en images fortement affectives, souvent énigmatiques, l’objet seulement probable de convictions intimes. Platon a puisé à de nombreuses reprises dans le fonds mythologique de la religion grecque pour forger à sa façon ces histoires qui contiennent en un sens toute sa philosophie. Chaque paragraphe de cette fiche raconte un mythe platonicien; chaque mythe est un début d’introduction possible à une dissertation philosophique: c’est que le mythe n’est pas une pensée toute faite, mais donne à penser.

1. La recherche de la vérité

Il y a bien longtemps, nous raconte le Phèdre, certains hommes aimaient tellement chanter qu’ils ne prenaient plus le temps de se nourrir, et ils «moururent sans s’en apercevoir». Les Muses les changèrent en cigales, qui n’ont pas besoin de se nourrir, et chantent du matin au soir. Pareil aux cigales, celui qui exerce la philosophie doit être infatigable, en perdre le manger et l’idée de la mort.

Le dieu égyptien Theuth, inventeur de l’écriture, présenta un jour sa découverte au roi d’Égypte, afin qu’il répande dans son pays ce «remède de la mémoire et de la science». Le roi d’Égypte critiqua cette invention qui vidait la mémoire en rendant inutile tout effort, et ne produirait que faux savants sans jugement, au savoir tout livresque. La recherche philosophique, signifie ce mythe dans le Phèdre, doit être un dialogue parlé; l’écrit ne répond pas aux questions qu’on lui pose.

Selon le mythe d’Aristophane, dans Le Banquet, il existait avant trois types d’êtres humains, l’homme, la femme et l’androgyne (homme-femme). Chacun avait deux têtes, quatre bras, quatre jambes, et était rond. Punis pour avoir tenté de prendre la place des dieux, ils furent coupés en deux par la foudre de Zeus. Malheureuses, les moitiés se cherchent, et tendent à ne faire qu’un à nouveau: c’est l’origine de l’amour, qui unit hommes et femmes, ou bien amants dans la sagesse, qui se pratique à deux dans le dialogue philosophique.

2. Les idées

Le Phèdre présente l’âme humaine comme un char ailé, composé d’un cocher et de deux chevaux: l’un, excellent, tire le char vers le haut, l’autre, médiocre, le tire vers le bas. Lorsque le premier est le plus fort, l’âme devient divine, et ses ailes sont plus développées; lorsque c’est le second qui domine, l’âme reste embourbée dans le corps, et ses ailes sont anémiées. Le lieu le plus élevé que l’âme puisse atteindre, si le cocher sait dompter le mauvais cheval, c’est le lieu des idées, où sont connues la justice en soi, la beauté en soi, etc. Ce lieu est celui où se nourrit l’âme. Parce que l’attelage est toujours imparfait, l’âme s’élève et rechute sans cesse, témoignant de la difficulté de l’étude philosophique, de la force de distraction que représentent les choses corporelles.

Le Phédon présente par une image frappante le contraste du lieu naturel de l’âme et du piège qu’est pour elle le sensible. Nous sommes, dit Platon, comme des hommes qui habiteraient sous la mer, pour qui tout est trouble, qui prennent la mer pour le vrai ciel, qui vivent dans un bourbier de vase et un décor rongé par le sel marin. Si nous pouvions surmonter notre paresse et regagner la surface, nous verrions la lumière véritable, et la beauté des choses du monde terrestre: le lieu des idées est lumineux, ses contours sont nettement délimités. Le lieu où nous vivons, au contraire, est flou et imprécis: les choses s’y mélangent et nous demeurons dans la confusion.

3. La conversion de l’âme

La difficulté de la connaissance exige une conversion de l’âme à un nouveau style de vie, que figure l’allégorie de la Caverne (La Répu­blique, VII). Imaginons des hommes – nous sommes ces hommes – enchaînés au fond d’une caverne, incapables du moindre mouvement, le visage tourné vers une paroi sur laquelle défilent des ombres. Ces ombres sont portées par d’autres hommes qui passent derrière les prisonniers, en tenant des objets fabriqués divers, éclairés par un feu au fond de la caverne. La réalité, pour eux, ce sont les ombres qu’ils voient. Si l’on délivre un prisonnier de ses chaînes, il souffrira de marcher; qu’on le force à regarder vers la lumière, il sera ébloui, et croira ne voir que des choses sans consistance, incapable de reconnaître les choses dont il ne connaît que les ombres. Qu’on le traîne vers le vrai monde, tout lui sera pénible, et la lumière du soleil sera insupportable; c’est le prix de l’effort philosophique. Accoutumé enfin peu à peu à la véritable lumière, il ne voudra plus redescendre dans la caverne, et ce sont les ombres qu’il ne reconnaîtra plus, parce qu’elles sont trop sombres et trop confuses: ainsi, le philosophe descend à contrecœur dans un lieu d’illusion et d’erreur, où son devoir est de guider les hommes.

Lorsque le raisonnement devient insuffisant à convaincre qu’il est plus avantageux d’être juste que d’être injuste, Platon recourt au mythe dans le Gorgias. Jadis, les hommes savaient l’heure de leur mort; ils étaient jugés pour leur vie par des mortels, au moment de mourir, mais de leur vivant. Les jugements étaient mal rendus, car les juges se laissaient convaincre par la belle apparence et l’éloquence des jugés. Zeus décida alors que les hommes ne connaîtraient plus l’heure de leur mort, et qu’après sa venue seules leurs âmes seraient jugées, en silence, par des juges morts eux aussi. La justice et l’injustice sont invisibles aux yeux du corps, comme le rappelle encore le mythe de Gygès, et c’est l’âme seule qui porte sur elle la laideur indélébile de l’injustice, visible aux seuls yeux de l’âme.

Au moment de mourir, Socrate raconte ce qu’il advient des âmes des morts après leur jugement (Phédon): celles qui furent injustes au-delà de tout pardon sont précipitées à jamais dans le fleuve Tartare, fleuve des souffrances. Celles qui furent simplement injustes y sont précipitées jusqu’à ce qu’elles parviennent à convaincre leurs victimes de leur ­pardonner; celles qui furent justes durant leur vie sont pour toujours affranchies de l’existence corporelle. Ce mythe, qui a pour fonction d’exhorter à la justice, contredit apparemment le mythe d’Er sur le choix des existences.

Er le Pamphylien est un soldat revenu à la vie douze jours après sa mort; Platon rapporte ce qu’il a vu dans le livre X de La République. Après leur séparation d’avec les corps, les âmes se réincarnent en choisissant leur nouvelle vie, en fonction de ce qu’elles souhaitent devenir; toutes sortes de vies leur sont proposées, vies d’animaux, d’hommes réputés pour leur beauté, de tyrans, qu’elles choisissent tour à tour dans l’ordre imposé par le hasard. Le premier, raconte Er, avait choisi la plus grande tyrannie, qui lui parut le sort le plus enviable; il ne se rendit compte qu’après que cette vie comportait des actes terribles et de grands malheurs: au lieu de se maudire soi-même pour son choix, il s’en prit à tous et à tout. L’âme sage du philosophe choisit une existence paisible, modérée et sans éclat. Puis les âmes boivent l’eau du fleuve Amélès dans la plaine de l’Oubli, ce qui leur fait perdre tout souvenir de leur vie antérieure, avant de retrouver l’existence et l’union à un corps. Porter créance à ce conte, rappelle Platon, peut nous sauver, en nous faisant, dès cette vie, prendre l’habitude de la sagesse, qui nous sauvera lors du choix d’une vie prochaine.

4. Le politique

Gygès était un berger qui découvrit un jour un anneau dont la faculté était de le rendre invisible à volonté. Fort de ce pouvoir, il séduisit la reine et assassina le roi, pour prendre sa place. Quel est le juste qui, détenant cet anneau, aurait la force de ne pas s’en servir injustement? Rendant invisibles les injustices que l’on commet, l’anneau de Gygès rend visible l’injustice de l’âme humaine (La République, VI).

Quand les dieux créèrent toutes les races de vivants, ils demandèrent aux deux frères Épiméthée et Prométhée de répartir entre elles les bienfaits, ce dont se chargea Épiméthée, donnant aux unes la vitesse, aux autres la force, etc., afin qu’aucune ne périsse. Épiméthée ayant oublié la race humaine, Prométhée y remédia en volant aux dieux l’habileté et le feu, pour le bienfait des hommes. L’homme, devenu bon artisan, ne possédait pas l’art politique: pour cette raison, il ne formait aucune communauté, ou du moins aucune communauté efficace. Zeus, le prenant en pitié, lui donna la politique comme un bon sens partagé de tous, et non comme une aptitude de quelques-uns. Ce mythe, raconté par Protagoras dans le dialogue du même nom, tend à montrer, contre l’avis de Platon, que le sens politique est possédé de tous, et qu’il est d’une autre nature que le savoir technique de l’artisan.

Selon le mythe du Politique, le monde est tantôt guidé par la divinité, tantôt abandonné à lui-même et à son mouvement propre, en sens contraire. Dans le premier cas, les hommes viennent à la vie, et rajeunissent au cours du temps: c’est le temps heureux du dieu Cronos, où les hommes n’ont pas besoin de procréer pour se perpétuer, de cultiver la terre pour se nourrir, âge d’or où ils pratiquent la philosophie et ne nourrissent pas de passions. Lorsque le dieu a ainsi guidé le monde jusqu’à la fin du premier cycle, comme on remonte un ressort, il l’abandonne à lui-même, et le temps se déroule dans l’autre sens, les hommes doivent procréer pour se perpétuer, travailler pour se nourrir, les passions renaissent, et la philosophie périclite: la vie est une succession de malheurs, et une longue décadence qui s’achève par la mort.

Les rois de l’Atlantide, raconte Platon dans le Critias, avaient une nature divine, qui leur faisait écouter les lois et dédaigner les richesses. La vertu apportant la force, ces rois s’enrichirent, et perdirent leur nature divine à force de se croiser avec les hommes. C’est alors que, voulant s’enrichir plus encore, ils cherchèrent la conquête, et devinrent une puissance militaire: la grandeur les perdit, et leur île fut engloutie. Le bien d’une cité n’est pas de s’agrandir et de s’enrichir; c’est de pratiquer perpétuellement la vertu sans faire de cas d’une plus grande prospérité.

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